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Méfiez-vous de vos enfants !

On parle souvent dans les médias des fils ou filles de célébrités. Est-ce plus facile ou plus difficile pour eux ? Comment un enfant vit le succès d'un de ses parents voire des deux ? Autant de questions qui resteront sans réponse puisque je me fous autant des enfants de star que du titre du dernier roman de Philippe Sollers, c'est vous dire. Mais, contre toute attente, j'ai envie de m'intéresser aujourd'hui à ce que vivent les parents de star. Quand je dis "star", j'englobe aussi bien des chanteurs à la mode, des sportifs, des politiciens et autres têtes d'ampoules à économie de réflexion.

La première personne qui a accepté de me parler est Robert Douillet, le papa du judoka aux pièces jaunes reconverti en VRP du néant. Au bout de trois minutes, il me chiale sur l'épaule. "Je comprends pas ce qui s'est passé, à l'école il comprenait rien. Je croyais que le sport l'avait tiré d'affaire mais non, à peine il a remis des chaussures dans ses grands pieds qu'il s'est mis à raconter des conneries". Je vois bien que le pauvre homme a honte, je le laisse lâchement à sa tristesse car j'ai une enquête à terminer.

Attablé en terrasse d'un bar louche de Neuilly sur Seine, je converse avec Anna Lorutette. Ce nom ne vous dit rien, rassurez-vous, c'est normal. Anna a décidé de reprendre son nom de jeune fille pour ne plus subir les brimades et les sourires moqueurs de la boulangère de son quartier. "Je vais vous le dire comme je le pense, j'ai enfanté un blaireau et croyez moi, c'est pas facile tous les jours !"Anna est la maman d'un célèbre patineur répondant au nom de Candeloro, je tairais son prénom, je ne veux pas de problème avec les blaireaux. Je la remercie pour son témoignage mais je la laisse régler l'addition, simple question d'égalité des sexes, je vous en parlerais un jour.

La prochaine rencontre m'angoisse un peu, en effet, je vais rencontrer des parents de star qui sont stars eux-même. Je m'attends donc à un dégoulinement d'admiration et des gerbes de compliments sur le fiston. Jacques Dutronc et Françoise Hardy m'attendent dans une cafétéria d'une grande surface. A peine assis, Françoise, les larmes aux yeux, m'explique qu'ils n'ont pas de nouvelles de leur fils Thomas depuis plus de six mois, elle se dit inquiète et pense qu'il a été embrigadé dans une secte. Elle l'a vu dans les astres. "Arrête de raconter des conneries avec tes astres à la con la Hardy" se met à hurler Jacques. "Le gamin, quand je le revois, je lui envoie une bonne droite dans la gueule !  Moi, j'ai jamais rien foutu de ma vie mais j'ai eu l'intelligence de laisser aux autres le soin d'écrire des textes. Voilà que ce blanc-bec se prend pour un auteur maintenant, vous avez vu le niveau ? Je ne peux même plus sortir acheter des cigares, même le buraliste qui n'est pourtant pas un prix nobel, se fout de ma gueule !" Je reste coi devant ce déchaînement de colère paternelle, la mère Hardy est livide et sanglote. En ce moment chez les Dutronc, je peux vous dire que c'est pas la joie.

J'arrive en Mayenne un peu plus tard dans la journée. J'ai reçu un message m'ordonnant de me rendre devant l'église de Saint-Mars-du-Désert. Sur place, une voiture aux vitres teintées m'attend. Je monte dans la limousine qui démarre doucement car elle est en rodage m'annonce le chauffeur qui ressemble étrangement à Lou Reed mais avec un accent mayennais. Croyez moi, ça fait bizarre. Nous arpentons les chemins de campagne et au bout de quelques kilomètres nous entrons dans une immense propriété parfaitement entretenue. Une vielle dame vient à ma rencontre et me prie de la suivre. "Monsieur le conte vous attend." Je pose mes pieds sur les patins et me dandine comme un con jusqu'au salon. Là, un vieil homme me regarde, il est assis sur un fauteuil Louis quelque chose, il a l'air pensif et ne ressemble à rien. "Jeune homme, sachez que j'ai tout appris à ma fille et ça n'a pas été tous les jours facile. Petite, elle était un peu niaise et moche pour vous la dire la vérité. Si je vous montrais des photos, vous seriez capable de vomir. Et puis, de fil en aiguille, de mari en mari, elle s'est fait sa place au soleil. Elle ne vient plus voir son pauvre père depuis longtemps." Il soupire et soudainement se lève et se met à hurler des insanités sur les communistes. J'essaie de le calmer mais le pauvre homme est complètement parti, il sue profondément et me demande si j'ai tondu la pelouse. Je comprends que j'ai à faire à un malade. J'ose quand même lui demander qui est sa fille, histoire de ne pas avoir totalement perdu mon temps. Il s'approche de moi, haletant comme un cheval en fin de tiercé et tombe. Là, je panique un peu et je tente de le réanimer en lui foutant des coups de pied dans la tête mais rien n'y fait. C'est trop con me dis-je, il était à deux doigts de me lâcher le nom de cette connasse. Lou Reed et la vieille arrivent en courant, je note au passage qu'ils ne prennent pas le soin de chausser les patins, quand le chat n'est pas là, les souris dansent... Le vieil homme est à priori mort. La vieille pleure, je profite de l'occasion pour demander à Lou Reed si il peut me ramener. Sur le chemin du retour, je lui demande si il est au courant de l'existence de la fille du conte. "Ce vieux schnock, il est conte comme moi je suis chanteur de rock. Il n'a jamais eu d'enfants à ce que je sache, il raconte n'importe quoi tout le temps !"

Déçu de m'être fait borner, je décide d'arrêter là mon enquête et de rentrer au bercail. Je sais maintenant, qu'être parent de star est un handicap. De Robert Douillet jusqu'au conte dont on ne saura jamais vraiment la véritable identité ni si il a eu une fille célèbre, je n'ai croisé que des gens tristes et dépressifs. J'annule rapidement le rendez-vous que j'avais avec madame Ribéry, professeur de français à la retraite et rejoins ma fille. Nous dînons tous les deux paisiblement lorsqu'elle m'annonce son intention de se lancer dans une carrière de musicienne. Je lui ai brisé immédiatement les deux mains. On n'est jamais trop prudent.

L.B